C’est une nouvelle pierre à l’édifice du projet structurant de la région autour des technologies clés de l’industrie du futur.  Le projet Henri-Fabre vient de mettre sur les rails sa « Plateforme Emploi Rh et Formation ». Lancée officiellement ce 5 février au sein du Pôle Formation de l’UIMM à Istres, elle vise à former 1 500 personnes dans les 5 ans et à développer une trentaine de nouvelles formations. Son ambition a manifestement convaincu. Seul dossier retenu par la deuxième enveloppe des Investissements d’Avenir …

 

Le moment n’est pas banal. Et le fait sera d’ailleurs souligné avec esprit par quelques interlocuteurs, faisant référence aux négociations en cours à propos de l’apprentissage en particulier et plus largement, du système de la formation professionnelle français.

« Qui pilotera la formation par alternance et comment on va l’organiser, chacun a ses idées et les défend. C’est le jeu. Mais au fond, l’important est ailleurs », glisse dans son intervention le président de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie Alpes-Méditerranée Thierry Chaumont « qui veut retenir pour l’heure le symbole » : la co-construction peut fonctionner. Et cette collaboration « va permettre de se doter de moyens techniques innovants et faciliter la mise en œuvre des formations et des dispositifs orientés vers les métiers de demain et de l’industrie du futur » signifiera comme pour finir la phrase Claude Garnier, délégué académique à la Formation initiale et continue, représentant le rectorat de l’académie Aix Marseille.

Sur ces terres, l’intérêt des jeunes (premières victimes de la crise économique) et des entreprises (qui n’ont qu’un souci sur ce dossier : trouver les compétences qui vont les accompagner dans les mutations en cours), prévalent sur le reste.

« Il y a nécessité de monter en gamme les écosystèmes industriels et d’accélérer l’industrialisation des innovations de façon à trouver plus rapidement une performance économique »

Vincent Gabette, président de la TEAM Henri-Fabre

La composante industrielle du projet est une déjà une réalité

C’était en tout cas l’esprit et l’ambiance de ce 5 février à Istres, au sein du Pôle de formation de l’UIMM, à l’occasion de la signature du programme d’investissement d’avenir relatif à la « Plateforme Emploi Rh et Formation » (PERF Henri-Fabre), nouvelle pierre portée à l’édifice du projet structurant autour de l’industrie du futur, Henri-Fabre.

« C’est un projet labellisé Henri-Fabre mais qui est porté par un ensemble d’acteurs privés et publics**, insiste Vincent Gabette, le président de la TEAM Henri-Fabre, association qui pilote le programme.

Le projet, rappelle le directeur de l’unité de production Méditerranée d’EDF, est lui-même issu d’un partenariat public et privé (200 partenaires) assez inédit en France et a été créé pour répondre aux profondes mutations qui touchent le secteur industriel dans un contexte de numérisation accélérée. « Il faut s’adapter pour être à la pointe et en avance sur nos concurrents. Il y a nécessité de monter en gamme les écosystèmes industriels et d’accélérer l’industrialisation des innovations. C’est ainsi que l’on arrivera diminuer les coûts de développement, à trouver plus rapidement une performance économique, et à créer voire récréer des emplois partis ailleurs et que l’on souhaite réinternaliser grâce à l’innovation. Henri-Fabre est le creuset de tous ces besoins ».

La composante industrielle du projet est une déjà une réalité. Elle se concrétise notamment par une offre de services sous la forme de plateformes techniques (3D, revêtements innovants, prototypage rapide, nouveaux procédés de mise en forme, etc.) mises à disposition pour monter en compétences sur les technologies clés industrie du futur mais aussi de projets collaboratifs multifilières (7 impliquées) pour construire de nouvelles solutions techniques ou accélérer un transfert de services d’une filière à l’autre. L’ensemble se matérialise notamment par un lieu de vie et de travail, le « Technocentre », actuellement d’un peu plus de 2 000 m2 mais dont l’extension est d’ores et déjà programmée, l’objectif étant d’aboutir à 10 000m2 avec l’équivalent d’une valeur de 100 M€ de moyens innovants.

Richard Curnier, directeur régional de la Caisse des Dépôts

Développer des compétences liées aux nouveaux besoins issus de l’industrie du futur

« La formation est une autre composante, poursuit Vincent Gabette. L’objectif était de développer une offre de formation innovante qui permette de se préparer aux transformations générées par la numérisation et la digitalisation ». 

C’est sur ce dossier que planchent depuis de longs mois déjà les équipes de la Team Henri-Fabre avec un ensemble de partenaires pédagogiques (Rectorat et Université Aix-Marseille, Campus Arts et Métiers d’Aix-en-Provence, lycée technique Jean-Perrin à Marseille, le Cluster d’innovation pédagogique et numérique (Cipen) d’Arles et le lycée Rouvière de Toulon). Et c’est cet ensemble qui a décroché des fonds Investissements d’avenir** du PIA 2, avec à la clé un financement de 2,5 M€ (via la Caisse des Dépôts). Le seul en région à avoir été retenu dans le cadre d’un des appels à projets « Partenariat pour la Formation Professionnelle et l’Emploi » (cf.l’entretien avec Richard Curnier).

« Sur 80 dossiers déposés au niveau national, 33 ont été retenus, un seul en PACA, c’est vous dire à quel point le Commissariat général à l’investissement (CGI) est sélectif », insiste Richard Curnier, directeur régional de la Caisse des dépôts qui assure la gestion du PIA en région (sur les 53 Md€ des PIA, la Caisse des dépôts est gestionnaire d’une enveloppe de 27 Md€ au niveau national).

Avec les apports de l’UIMM (à hauteur de 2,5 M€) et de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (avec 3,8 M€), la plateforme dispose donc d’un budget de 8,7 M€ sur 5 ans pour développer une trentaine de nouvelles formations et former 1 500 personnes, formateurs compris.

Jean-Pierre Dos Santos, directeur du Pôle de formation UIMM à Istres et Yannick Chevenard, vice-président Région PACA en charge de la formation et emploi.

« D’aucuns diront que la TEAM Henri Fabre a eu beaucoup de chance de décrocher les fonds de ce PIA 2, commente Yannick Chevenard, vice-président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais la chance est ce qui arrive quand la préparation coïncide avec l’opportunité », emprunte-t-il à Sénèque, sans que l’on sache si l’élu fait référence au fils ou au père, au philosophe, dramaturge ou … homme politique.

« 1,9% et 20%, poursuit-il. Le premier est notre croissance, le second est le besoin estimé en main d’œuvre qualifiée qu’elle appelle mais que nous ne sommes pas en capacité de satisfaire. Couplez cela à la numérisation de l’ensemble des professions, le choc est sans appel. Le Comité d’Orientation à l’Emploi (COE) indique que d’ici 2020, la moitié des emplois devront évoluer et que plus de 80 000 seront vacants dans le seul secteur du digital. Cela appelle donc une formation faisant passer l’enseignement du prêt-à-porter au sur-mesure », estime-t-il.

Visite des ateliers du Pole de formation UIMM à Istres

Trois actions

Concrètement, trois actions sont prévues : « la première consiste à développer des plateaux techniques dans les domaines clés de l’industrie du futur. La seconde doit permettre de développer des projets inter-écoles en mettant en réseau les différents plateaux techniques (multi publics, inter niveaux et inter filières). Les jeunes vont ainsi pouvoir apprendre à travailler en mode projet, avec une répartition des responsabilités et des tâches. Enfin on proposera des formations sur des outils digitalisés de façon à avoir un accès partagé et plus individualisés », détaille Vincent Gabette.

Parmi les thématiques de formations envisagées : la réalité virtuelle et augmentée, le big data, l’e-maintenance, la supply chain et les nouveaux matériaux et procédés.

Et pour accompagner les nouveaux projets industriels du territoire (nombreux sur le territoire, une particularité régionale), tels industrie du futur, éolien flottant, dirigeables charges lourdes, smart port, immunothérapie…, « une offre de formation adaptée a été pensée ». 

Claude Garnier, délégué au rectorat de l’Académie Aix Marseille à la formation

Bâtir une telle offre de formation ne fut pas une mince affaire

Bâtir une telle offre de formation ne fut pas une mince affaire au regard de diverses contraintes : intégrer la problématique des différentes filières concernées (énergie, aéronautique, naval, médical, spatial…), répondre à plusieurs enjeux (montée en compétences des entreprises du territoire, digitalisation et robotisation), et adresser des publics et profils très divers (jeunes et étudiants, salariés, demandeurs d’emploi, entreprises et dirigeants).

« La constitution, en 2014, d’un Campus des Métiers et Qualifications, a été déterminante pour consolider notre démarche (pour porter ce campus, un groupement d’intérêt public a été créé au sein de de l’académie d’Aix-Marseille de façon à assurer la gestion administrative et comptable des fonds du PIA, ndlr) »explique le délégué au rectorat. C’est ainsi à partir d’un inventaire des formations existantes et de l’identification des besoins des entreprises qu’a été élaborée une offre de formation avec des modules de formation sur-mesure du bac pro au niveau ingénieur. Ces modules spécifiques « Industrie du futur » s’intègrent à la formation initiale mais aussi à des parcours compétences de façon à former les salariés tout au long de leur vie ».

Le représentant académique ne manquera pas de souligner à son tour que « cette démarche s’intègre parfaitement dans les préconisations du rapport sur l’apprentissage remis à la ministre du Travail le 31 janvier et qui recommande de réexaminer régulièrement le contenu des diplômes au regard des compétences, ce que nous avons fait sur le territoire ».

Sujet du jour : veiller à ce que la croissance ne soit pas freinée par une inadéquation entre nos besoins et l’offre

En filigrane et c’était bien le sujet du jour : l’écart entre les besoins en compétences des entreprises dans un monde qui fait sa mutation écologique et numérique et celles dont disposent actuellement les actifs.

La question inquiète d’autant plus les organisations professionnelles que la reprise frappe aux portes de l’Hexagone (activité en croissance, annonces de créations d’usines supérieures aux fermetures recensées, marges en bonne santé, investissements repartis…).

Il ne faudrait donc pas, alertent-elles, qu’au moment où se réveille l’emploi qui pourrait profiter aux jeunes, les entreprises manquent le coche faute de compétences ou pis, d’attractivité (l’industrie se faisant pourtant de plus en plus propre et durable peine toujours à être désirée par les jeunes).

Á ce jour en effet, l’industrie n’a pas son équivalent en termes de métiers en tension, a fortiori après la saignée des 15 dernières années (entre 2000 et 2015, l’industrie manufacturière a perdu en moyenne 59 000 emplois directs par an). Sur les 5 prochaines années, 110 000 personnes seront à embaucher dans la métallurgie et 250 000 sur l’ensemble de l’industrie. Or, deux industriels sur cinq disent éprouver des difficultés à embaucher. Le recrutement devient donc un défi.

Pourtant, « quand vous entrez dans un CFAI (centre de formation des apprentis, ndlr), vous avez 85 % de chance d’avoir votre diplôme et un emploi en sortant, en outre dans deux-tiers des cas, en CDI. Quand on sonde ceux qui travaillent dans l’industrie, ils sont plus de 80 % à avoir trouvé ce qu’ils y attendaient. Á une époque où l’on parle de chômage, de précarité, c’est une histoire qui peut se raconter assez facilement, non ? », interrogeait Alexandre Saubot, le président de l’UIMM lors du second forum de l’industrie organisé à Marseille en décembre dernier.

Reste à … toucher les jeunes

Dans un contexte d’une numérisation de l’économie qui chamboule l’emploi et le travail (plus collaboratif, plus en mode projet, moins hiérarchique), qui met le bazar dans les compétences nécessaires (plus tech, plus hybrides, plus transversales) et brouille les frontières des entreprises (amenées à s’ouvrir davantage sur un écosystème local ou international toujours plus large et plus diversifié), il reste à toucher les jeunes.

Car si l’industrie se fait plus techno, plus intelligente, plus verte, de toute évidence, un déclassement (inexplicable) en termes d’image continue d’opérer.

La révolution technologique, à travers le traitement massif des données, les objets connectés ou encore l’intelligence artificielle, est sans doute un moyen pour l’industrie de se régénérer auprès d’une génération beaucoup plus connectée et créative.
 Á condition de savoir lui parler, là où elle « passe son temps », sur Internet, dans leurs communautés, dans les réseaux sociaux. Et surtout en utilisant des codes et un langage qui sont les leurs…

— Adeline Descamps —

*Région, Caisse des dépôts, UIMM, CIPEN, Rectorat, Arts et Métiers Campus d’Aix-en-Provence parmi les partenaires de premier rang

**C’est Nicolas Sarkozy (2007-2012) qui, après la crise économique, a lancé le premier programme d’investissement d’avenir (PIA 1) en 2010 avec une enveloppe de 35 Md€, ouverte sur la base d’appels à projet, en faveur de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la valorisation de la recherche et de l’innovation. François Hollande (2012-2017) reprend le flambeau et en décembre 2013 lance un PIA 2 de 12 Md€. Aux deux priorités du PIA 1, s’ajoutent les PME innovantes, les filières stratégiques de demain, le développement durable, l’économie numérique, la santé et les biotechnologies. En septembre 2015 est annoncé annonce un PIA 3, doté de 10 Md€. Ce dernier a été intégré dans l’actuel Grand plan d’investissement

——————————

Ce qu’ils vont faire des fonds Investissements d’avenir …

LA PHOTOCABANE

Dans ce dossier, sous la houlette de la TEAM Henri-Fabre, les partenaires pédagogiques se sont particulièrement impliquées dans la phase préparatoire : réflexion sur l’offre de formation, inventaire, état des lieux, identification des besoins et montage du dossier préalable à l’obtention des fonds Investissements d’avenir. Ce qu’ils vont en faire…

L’association TEAM Henri-Fabre chapeaute et supervise l’ensemble du dispositif et des investissements. Les différents plateaux techniques, au nombre de huit, sont localisés auprès des partenaires de PERF : composite (au sein du Lycée Jean-Perrin) ; le traitement des matériaux (lycée Rouvière) : la fabrication additive (Jean Perrin, Rouvière, CFAI Provence), technique de production numérique (CFAI Provence) ; réalité virtuelle et ingénierie numérique (Technocentre Henri-Fabre et ENSAM) ; big data (Technocentre Henri-Fabre, CFAI Provence) ; supply chain (Technocentre Henri-Fabre) ; dirigeables (CFAI Provence).

Le Pôle Formation UIMM Provence-Alpes-Côte d’Azur (CFAI Provence) est pilote de l’action « Plateaux techniques et technologies avancées » consistant au développement de plateformes orientées « Industrie du Futur » : réalité virtuelle et augmentée, dirigeables, drones, big data, e-maintenance, supply chain nouvelle génération.

Le campus Arts et Métiers d’Aix-en-Provence développera un environnement pédagogique collaboratif de façon à favoriser l’immersion et la collaboration durant les séquences pédagogiques, va enrichir sa plateforme d’ingénierie des systèmes, et créer un plateau technique autour des technologies 4.0 (IoT, CPS, …) pour des applications telles que les drones, les véhicules électriques et l’énergie.

Le Cluster d’innovation pédagogique et numérique (CIPEN, Arles) participe au projet notamment en développant une plateforme de formation collaborative « Média Eval 4.0 – L’Usine Virtuelle Henri-Fabre ». Il aura pour mission de digitaliser des contenus de formation dans de multiples domaines

Le lycée Jean Perrin (Marseille), avec quatorze sections de BTS et ses classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques et technologiques, s’appuiera sur les fonds des Investissements d’avenir pour « acquérir des équipements numériques de conception, de production et de contrôle dans les domaines de la plasturgie et des composites, des fabrications mécaniques qui permettront à nos élèves et étudiants d’entrer dans le monde de l’industrie du futur ».

Le lycée Rouvière (Toulon) compte dans les 5 ans à venir, grâce au PIA, moderniser ses laboratoires de traitement des matériaux, augmenter sa technicité sur les moyens d’usinage, accroître le développement de ses équipements de fabrication additive et proposer une mutualisation avec ses partenaires locaux.

 

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C’est une nouvelle pierre à l’édifice du projet structurant de la région autour des technologies clés de l’industrie du futur.  Le projet Henri-Fabre vient de mettre sur les rails sa « Plateforme Emploi Rh et Formation ». Lancée officiellement ce 5 février au sein du Pôle Formation de l’UIMM à Istres, elle vise à former 1 500 personnes dans les 5 ans et à développer une trentaine de nouvelles formations. Son ambition a manifestement convaincu. Seul dossier retenu par la deuxième enveloppe des Investissements d’Avenir …

 

Le moment n’est pas banal. Et le fait sera d’ailleurs souligné avec esprit par quelques interlocuteurs, faisant référence aux négociations en cours à propos de l’apprentissage en particulier et plus largement, du système de la formation professionnelle français.

« Qui pilotera la formation par alternance et comment on va l’organiser, chacun a ses idées et les défend. C’est le jeu. Mais au fond, l’important est ailleurs », glisse dans son intervention le président de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie Alpes-Méditerranée Thierry Chaumont « qui veut retenir pour l’heure le symbole » : la co-construction peut fonctionner. Et cette collaboration « va permettre de se doter de moyens techniques innovants et faciliter la mise en œuvre des formations et des dispositifs orientés vers les métiers de demain et de l’industrie du futur » signifiera comme pour finir la phrase Claude Garnier, délégué académique à la Formation initiale et continue, représentant le rectorat de l’académie Aix Marseille.

Sur ces terres, l’intérêt des jeunes (premières victimes de la crise économique) et des entreprises (qui n’ont qu’un souci sur ce dossier : trouver les compétences qui vont les accompagner dans les mutations en cours), prévalent sur le reste.

« Il y a nécessité de monter en gamme les écosystèmes industriels et d’accélérer l’industrialisation des innovations de façon à trouver plus rapidement une performance économique »

Vincent Gabette, président de la TEAM Henri-Fabre

La composante industrielle du projet est une déjà une réalité

C’était en tout cas l’esprit et l’ambiance de ce 5 février à Istres, au sein du Pôle de formation de l’UIMM, à l’occasion de la signature du programme d’investissement d’avenir relatif à la « Plateforme Emploi Rh et Formation » (PERF Henri-Fabre), nouvelle pierre portée à l’édifice du projet structurant autour de l’industrie du futur, Henri-Fabre.

« C’est un projet labellisé Henri-Fabre mais qui est porté par un ensemble d’acteurs privés et publics**, insiste Vincent Gabette, le président de la TEAM Henri-Fabre, association qui pilote le programme.

Le projet, rappelle le directeur de l’unité de production Méditerranée d’EDF, est lui-même issu d’un partenariat public et privé (200 partenaires) assez inédit en France et a été créé pour répondre aux profondes mutations qui touchent le secteur industriel dans un contexte de numérisation accélérée. « Il faut s’adapter pour être à la pointe et en avance sur nos concurrents. Il y a nécessité de monter en gamme les écosystèmes industriels et d’accélérer l’industrialisation des innovations. C’est ainsi que l’on arrivera diminuer les coûts de développement, à trouver plus rapidement une performance économique, et à créer voire récréer des emplois partis ailleurs et que l’on souhaite réinternaliser grâce à l’innovation. Henri-Fabre est le creuset de tous ces besoins ».

La composante industrielle du projet est une déjà une réalité. Elle se concrétise notamment par une offre de services sous la forme de plateformes techniques (3D, revêtements innovants, prototypage rapide, nouveaux procédés de mise en forme, etc.) mises à disposition pour monter en compétences sur les technologies clés industrie du futur mais aussi de projets collaboratifs multifilières (7 impliquées) pour construire de nouvelles solutions techniques ou accélérer un transfert de services d’une filière à l’autre. L’ensemble se matérialise notamment par un lieu de vie et de travail, le « Technocentre », actuellement d’un peu plus de 2 000 m2 mais dont l’extension est d’ores et déjà programmée, l’objectif étant d’aboutir à 10 000m2 avec l’équivalent d’une valeur de 100 M€ de moyens innovants.

Richard Curnier, directeur régional de la Caisse des Dépôts

Développer des compétences liées aux nouveaux besoins issus de l’industrie du futur

« La formation est une autre composante, poursuit Vincent Gabette. L’objectif était de développer une offre de formation innovante qui permette de se préparer aux transformations générées par la numérisation et la digitalisation ». 

C’est sur ce dossier que planchent depuis de longs mois déjà les équipes de la Team Henri-Fabre avec un ensemble de partenaires pédagogiques (Rectorat et Université Aix-Marseille, Campus Arts et Métiers d’Aix-en-Provence, lycée technique Jean-Perrin à Marseille, le Cluster d’innovation pédagogique et numérique (Cipen) d’Arles et le lycée Rouvière de Toulon). Et c’est cet ensemble qui a décroché des fonds Investissements d’avenir** du PIA 2, avec à la clé un financement de 2,5 M€ (via la Caisse des Dépôts). Le seul en région à avoir été retenu dans le cadre d’un des appels à projets « Partenariat pour la Formation Professionnelle et l’Emploi » (cf.l’entretien avec Richard Curnier).

« Sur 80 dossiers déposés au niveau national, 33 ont été retenus, un seul en PACA, c’est vous dire à quel point le Commissariat général à l’investissement (CGI) est sélectif », insiste Richard Curnier, directeur régional de la Caisse des dépôts qui assure la gestion du PIA en région (sur les 53 Md€ des PIA, la Caisse des dépôts est gestionnaire d’une enveloppe de 27 Md€ au niveau national).

Avec les apports de l’UIMM (à hauteur de 2,5 M€) et de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (avec 3,8 M€), la plateforme dispose donc d’un budget de 8,7 M€ sur 5 ans pour développer une trentaine de nouvelles formations et former 1 500 personnes, formateurs compris.

Jean-Pierre Dos Santos, directeur du Pôle de formation UIMM à Istres et Yannick Chevenard, vice-président Région PACA en charge de la formation et emploi.

« D’aucuns diront que la TEAM Henri Fabre a eu beaucoup de chance de décrocher les fonds de ce PIA 2, commente Yannick Chevenard, vice-président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais la chance est ce qui arrive quand la préparation coïncide avec l’opportunité », emprunte-t-il à Sénèque, sans que l’on sache si l’élu fait référence au fils ou au père, au philosophe, dramaturge ou … homme politique.

« 1,9% et 20%, poursuit-il. Le premier est notre croissance, le second est le besoin estimé en main d’œuvre qualifiée qu’elle appelle mais que nous ne sommes pas en capacité de satisfaire. Couplez cela à la numérisation de l’ensemble des professions, le choc est sans appel. Le Comité d’Orientation à l’Emploi (COE) indique que d’ici 2020, la moitié des emplois devront évoluer et que plus de 80 000 seront vacants dans le seul secteur du digital. Cela appelle donc une formation faisant passer l’enseignement du prêt-à-porter au sur-mesure », estime-t-il.

Visite des ateliers du Pole de formation UIMM à Istres

Trois actions

Concrètement, trois actions sont prévues : « la première consiste à développer des plateaux techniques dans les domaines clés de l’industrie du futur. La seconde doit permettre de développer des projets inter-écoles en mettant en réseau les différents plateaux techniques (multi publics, inter niveaux et inter filières). Les jeunes vont ainsi pouvoir apprendre à travailler en mode projet, avec une répartition des responsabilités et des tâches. Enfin on proposera des formations sur des outils digitalisés de façon à avoir un accès partagé et plus individualisés », détaille Vincent Gabette.

Parmi les thématiques de formations envisagées : la réalité virtuelle et augmentée, le big data, l’e-maintenance, la supply chain et les nouveaux matériaux et procédés.

Et pour accompagner les nouveaux projets industriels du territoire (nombreux sur le territoire, une particularité régionale), tels industrie du futur, éolien flottant, dirigeables charges lourdes, smart port, immunothérapie…, « une offre de formation adaptée a été pensée ». 

Claude Garnier, délégué au rectorat de l’Académie Aix Marseille à la formation

Bâtir une telle offre de formation ne fut pas une mince affaire

Bâtir une telle offre de formation ne fut pas une mince affaire au regard de diverses contraintes : intégrer la problématique des différentes filières concernées (énergie, aéronautique, naval, médical, spatial…), répondre à plusieurs enjeux (montée en compétences des entreprises du territoire, digitalisation et robotisation), et adresser des publics et profils très divers (jeunes et étudiants, salariés, demandeurs d’emploi, entreprises et dirigeants).

« La constitution, en 2014, d’un Campus des Métiers et Qualifications, a été déterminante pour consolider notre démarche (pour porter ce campus, un groupement d’intérêt public a été créé au sein de de l’académie d’Aix-Marseille de façon à assurer la gestion administrative et comptable des fonds du PIA, ndlr) »explique le délégué au rectorat. C’est ainsi à partir d’un inventaire des formations existantes et de l’identification des besoins des entreprises qu’a été élaborée une offre de formation avec des modules de formation sur-mesure du bac pro au niveau ingénieur. Ces modules spécifiques « Industrie du futur » s’intègrent à la formation initiale mais aussi à des parcours compétences de façon à former les salariés tout au long de leur vie ».

Le représentant académique ne manquera pas de souligner à son tour que « cette démarche s’intègre parfaitement dans les préconisations du rapport sur l’apprentissage remis à la ministre du Travail le 31 janvier et qui recommande de réexaminer régulièrement le contenu des diplômes au regard des compétences, ce que nous avons fait sur le territoire ».

Sujet du jour : veiller à ce que la croissance ne soit pas freinée par une inadéquation entre nos besoins et l’offre

En filigrane et c’était bien le sujet du jour : l’écart entre les besoins en compétences des entreprises dans un monde qui fait sa mutation écologique et numérique et celles dont disposent actuellement les actifs.

La question inquiète d’autant plus les organisations professionnelles que la reprise frappe aux portes de l’Hexagone (activité en croissance, annonces de créations d’usines supérieures aux fermetures recensées, marges en bonne santé, investissements repartis…).

Il ne faudrait donc pas, alertent-elles, qu’au moment où se réveille l’emploi qui pourrait profiter aux jeunes, les entreprises manquent le coche faute de compétences ou pis, d’attractivité (l’industrie se faisant pourtant de plus en plus propre et durable peine toujours à être désirée par les jeunes).

Á ce jour en effet, l’industrie n’a pas son équivalent en termes de métiers en tension, a fortiori après la saignée des 15 dernières années (entre 2000 et 2015, l’industrie manufacturière a perdu en moyenne 59 000 emplois directs par an). Sur les 5 prochaines années, 110 000 personnes seront à embaucher dans la métallurgie et 250 000 sur l’ensemble de l’industrie. Or, deux industriels sur cinq disent éprouver des difficultés à embaucher. Le recrutement devient donc un défi.

Pourtant, « quand vous entrez dans un CFAI (centre de formation des apprentis, ndlr), vous avez 85 % de chance d’avoir votre diplôme et un emploi en sortant, en outre dans deux-tiers des cas, en CDI. Quand on sonde ceux qui travaillent dans l’industrie, ils sont plus de 80 % à avoir trouvé ce qu’ils y attendaient. Á une époque où l’on parle de chômage, de précarité, c’est une histoire qui peut se raconter assez facilement, non ? », interrogeait Alexandre Saubot, le président de l’UIMM lors du second forum de l’industrie organisé à Marseille en décembre dernier.

Reste à … toucher les jeunes

Dans un contexte d’une numérisation de l’économie qui chamboule l’emploi et le travail (plus collaboratif, plus en mode projet, moins hiérarchique), qui met le bazar dans les compétences nécessaires (plus tech, plus hybrides, plus transversales) et brouille les frontières des entreprises (amenées à s’ouvrir davantage sur un écosystème local ou international toujours plus large et plus diversifié), il reste à toucher les jeunes.

Car si l’industrie se fait plus techno, plus intelligente, plus verte, de toute évidence, un déclassement (inexplicable) en termes d’image continue d’opérer.

La révolution technologique, à travers le traitement massif des données, les objets connectés ou encore l’intelligence artificielle, est sans doute un moyen pour l’industrie de se régénérer auprès d’une génération beaucoup plus connectée et créative.
 Á condition de savoir lui parler, là où elle « passe son temps », sur Internet, dans leurs communautés, dans les réseaux sociaux. Et surtout en utilisant des codes et un langage qui sont les leurs…

— Adeline Descamps —

*Région, Caisse des dépôts, UIMM, CIPEN, Rectorat, Arts et Métiers Campus d’Aix-en-Provence parmi les partenaires de premier rang

**C’est Nicolas Sarkozy (2007-2012) qui, après la crise économique, a lancé le premier programme d’investissement d’avenir (PIA 1) en 2010 avec une enveloppe de 35 Md€, ouverte sur la base d’appels à projet, en faveur de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la valorisation de la recherche et de l’innovation. François Hollande (2012-2017) reprend le flambeau et en décembre 2013 lance un PIA 2 de 12 Md€. Aux deux priorités du PIA 1, s’ajoutent les PME innovantes, les filières stratégiques de demain, le développement durable, l’économie numérique, la santé et les biotechnologies. En septembre 2015 est annoncé annonce un PIA 3, doté de 10 Md€. Ce dernier a été intégré dans l’actuel Grand plan d’investissement

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Ce qu’ils vont faire des fonds Investissements d’avenir …

LA PHOTOCABANE

Dans ce dossier, sous la houlette de la TEAM Henri-Fabre, les partenaires pédagogiques se sont particulièrement impliquées dans la phase préparatoire : réflexion sur l’offre de formation, inventaire, état des lieux, identification des besoins et montage du dossier préalable à l’obtention des fonds Investissements d’avenir. Ce qu’ils vont en faire…

L’association TEAM Henri-Fabre chapeaute et supervise l’ensemble du dispositif et des investissements. Les différents plateaux techniques, au nombre de huit, sont localisés auprès des partenaires de PERF : composite (au sein du Lycée Jean-Perrin) ; le traitement des matériaux (lycée Rouvière) : la fabrication additive (Jean Perrin, Rouvière, CFAI Provence), technique de production numérique (CFAI Provence) ; réalité virtuelle et ingénierie numérique (Technocentre Henri-Fabre et ENSAM) ; big data (Technocentre Henri-Fabre, CFAI Provence) ; supply chain (Technocentre Henri-Fabre) ; dirigeables (CFAI Provence).

Le Pôle Formation UIMM Provence-Alpes-Côte d’Azur (CFAI Provence) est pilote de l’action « Plateaux techniques et technologies avancées » consistant au développement de plateformes orientées « Industrie du Futur » : réalité virtuelle et augmentée, dirigeables, drones, big data, e-maintenance, supply chain nouvelle génération.

Le campus Arts et Métiers d’Aix-en-Provence développera un environnement pédagogique collaboratif de façon à favoriser l’immersion et la collaboration durant les séquences pédagogiques, va enrichir sa plateforme d’ingénierie des systèmes, et créer un plateau technique autour des technologies 4.0 (IoT, CPS, …) pour des applications telles que les drones, les véhicules électriques et l’énergie.

Le Cluster d’innovation pédagogique et numérique (CIPEN, Arles) participe au projet notamment en développant une plateforme de formation collaborative « Média Eval 4.0 – L’Usine Virtuelle Henri-Fabre ». Il aura pour mission de digitaliser des contenus de formation dans de multiples domaines

Le lycée Jean Perrin (Marseille), avec quatorze sections de BTS et ses classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques et technologiques, s’appuiera sur les fonds des Investissements d’avenir pour « acquérir des équipements numériques de conception, de production et de contrôle dans les domaines de la plasturgie et des composites, des fabrications mécaniques qui permettront à nos élèves et étudiants d’entrer dans le monde de l’industrie du futur ».

Le lycée Rouvière (Toulon) compte dans les 5 ans à venir, grâce au PIA, moderniser ses laboratoires de traitement des matériaux, augmenter sa technicité sur les moyens d’usinage, accroître le développement de ses équipements de fabrication additive et proposer une mutualisation avec ses partenaires locaux.

 

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